LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Bruno Orsel le Dim 9 Déc 2012 - 10:13

G. Delacroix a écrit:Les première allonges sont en place sur les couples dévoyés ou bien c'est une cale ?
santa

Ce ne sont pas des allonges mais une cale de rattrapage d'épaisseur pour corriger une erreur découverte tardivement.
Je vois que vous avez l'oeil.

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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Albatros le Lun 10 Déc 2012 - 19:28


En complément à ce qu' a écrit Bruno sur ce chantier, je vais me permettre d' ajouter quelques petites précisions :
Comme vous avez pu le lire, le cahier des charges à respecter pour ce chantier a été pour le moins sévère. Deux critères impératifs devaient être respectés : un la possibilité de pouvoir passer les doigts "à travers" le plus longtemps possible et dessous le bateau pour "rentrer" à l' intérieur ; deux de pouvoir -comme l' a dit Bruno- retourner le bateau même lorsque celui-ci est toujours sur chantier pour essuyer les bavures de colle et également travailler dans cet intérieur.

C' est ce qui a motivé ce montage "d' arête centrale" qui se met et s' enlève à la demande sur son support vertical qui lui est fixé solidement à 90° de sa table horizontale.
Pour info, la table (qui a été revissée sur plaque de MDF), le support vertical et cette "arête centrale" ont été réalisés dans du Contreplaqué de Moabi, bois extrèmement dur et lourd.
Il n' y avait plus ensuite qu' à encliqueter par le dessus et par le côté les couples en aluminium.
Le centrage de l' arête centrale sur son support est réalisé par des chevilles et le serrage par des boulons et écrous.

Le système de montage est similaire pour les couples en trois parties : deux chevilles en bois et deux écrous par côté.

Le couple/chantier n° 30 est particulier puisque contrairement aux autres il ne supporte pas de couple ployé (ce couple se positionne à la jonction du bordage et du tableau arrière qui est incliné). Ce couple/chantier est donc "virtuel" et sa fonction est de servir d'appui aux virures lors du collage de celles-ci. Il est donc "élargi" de l' épaisseur des allonges (+ 1,8 mm avec un peu de gras).
Ce couple sert aussi comme ancrage des butées de positionnement au bon angle du tableau arrière. Chacune de ces butées est également enfichée dans ce couple 30 et chevillée à l' avant du couple.

Pour leur part, les quatre couples dévoyés de l' avant et le couple n° 5 sont fixés sur deux tables horizontales en alu elles-mêmes enfichées de part et d' autre de l' arête centrale et maintenues à l' horizontale par une petite équerre à l' arrière de la table. Cinq lumières ont été fraisées dans chacune des tables pour permettre le positionnement au bon angle de chacun de ces quatres couples dévoyés (le 5ème est à 90°).

Bien entendu, si vous souhaitez d' autres précisions sur des points particuliers de ce chantier qui n'auraient pas été abordés par Bruno ou moi-même, n' hésitez pas ; l' un ou l' autre de nous deux se fera un plaisir d' y répondre.



Dernière édition par Albatros le Mar 11 Déc 2012 - 11:14, édité 1 fois
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Carrick le Mar 11 Déc 2012 - 0:14


Bonjour

Vous êtes des mecs déglingants, je me sens tout petit ... et presque à côté de la plaque. Bravo !
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Pierre Rouanne le Mar 11 Déc 2012 - 13:52

Pour moi ce n'est pas à ma portée, mais je n'en ai pas honte.

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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  WDocquois le Mar 11 Déc 2012 - 18:43

Bruno et Luc sont en train de tourner une belle page du modélisme naval !!

Bravo !
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Bruno Orsel le Mer 12 Déc 2012 - 16:47

Merci pour vos messages encourageants pour l'avenir de ce petit clipper.

Mais j'ai envie de dire : à modèles différents de ce qui est l'ossature de ce forum, la présentation de projets nouveaux permet l'ouverture vers des techniques de modélisme obligatoirement différentes, et qui ne sont pas forcément meilleures que les autres. C'est seulement un regard, une aventure vers autre chose et ou chacun selon ses goûts, ses compétences, le plaisir qu'il a à pratiquer telle ou telle forme de modélisme doit y trouver sa place et s'y sentir bien.

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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Bruno Orsel le Sam 5 Jan 2013 - 18:36

Pose des couples :

Comme nous l’avons vu dans les messages précédents les couples en aluminium ont été usinés par découpe numérique et toutes les diverses encoches nécessaires à leur installation sur le chantier ont été prévues dès l’origine. Il en est de même pour l’arête centrale du chantier en bois.

L’un des paramètres du cahier des charges pour la conception du chantier était d'avoir un accès libre à l’intérieur de la coque lors de la pose des virures afin de pouvoir envelever les bavures de colle au fur et à mesure de la pose du bordage. En effet, je rappelle que ces petits bateaux n'ont pas de vaigrage et la qualité de la finition de l'intérieur de la coque doit être aussi parfaite que l'extérieur. L’accessibilité à l’intérieur de la coque doit donc être préservée. C’est pour cette raison que les couples n’ont pas de "pieds" comme il est d’usage d’en avoir sur ce type de montage, coque renversée, et parfaitement visible sur la photo ci-dessous.



En revanche, pour garantir le parfait balancement des couples par rapport au plan vertical de l’axe central, il faudra prévoir des jambettes provisoires de chaque côté du couple et dont la hauteur sera rigoureusement la même à droite comme à gauche et ce pour tous les couples ou par ensemble de couples. Ces jambettes seront collées sur l’aluminium à la cyanolite et parfaitement bien positionnées en hauteur par rapport à une ligne de référence commune à tous les couples ou ensemble de couples.



Ensuite les couples seront positionnés sur l’arrête centrale du chantier et solidement fixés avec une colle bi-composant.
L’équerre visible sur la photo ci-dessous permet d’assurer, avant séchage de la colle, le bon perpignage des couples.



Comme je l’ai expliqué dans la présentation du projet, mon intention est de réaliser ce modèle en charpente apparente : un côté entièrement bordé et l’autre avec très peu de virures.
Comme on peut l’observer sur la photo ci-dessous, le côté non bordé va recevoir tous les couples gabarits sur lesquels seront façonnés et placés tous les couples ployés. L’autre bord, celui qui sera entièrement bordé, ne recevra qu’un couple gabarit sur deux afin, dans un premier temps, de ne pas “encombrer“ la face intérieure de la coque pour faciliter par la suite les opérations de finition. (Je rappelle que la maille n'est que de 25 mm). Les couples intermédiaires seront mis en place par la suite.






Équerrage des couples :

L’opération de l’équerrage ne présente pas de difficulté particulière si ce n’est l’originalité d’un travail à la lime à métaux sur de l’aluminium.
Les couples étant relativement fins, 2mm d’épaisseur, il est nécessaire de les bloquer les uns par rapport aux autres en plaçant entre chacun d’eux une cale en bois. Ainsi fait, l’ensemble devient compact et facile à travailler.
Quelques explications en images :





Afin de bien maîtriser la progression du travail de l’équerrage sur des couples de faible épaisseur, une astuce consiste à passer du feutre rouge sur le chant des couples. (sur du bois on préférera du crayon gras de couleur). Cette façon de faire permet de visualiser facilement l’avancement de l’opération et de s’arrêter juste au moment où le rouge disparaît ; indication que l’équerrage est bon.








Coté bordage complet, je disais que je n’installais qu’un couple sur deux, alors que sur les photos on constate qu’ils sont tous mis en place.
Explication : à ce stade de la construction, ces couples-gabarits intermédiaires sont installés provisoirement et ont leur importance car ils doivent servir de gabarit pour le façonnage des couples ployés, et pour se faire l'équerrage de ces couples doit être traité en même temps que l'ensemble. Ils seront démontés avant la pose du bordage pour les raisons que j'ai développées plus haut.
Je traiterai dans un autre message le façonnage des couples ployés.

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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Moussaillon le Sam 5 Jan 2013 - 19:21

Bonjour
Il y a de la matière grise là-dedans. Cette étude est un exemple de savoir-faire.
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Bruno Orsel le Sam 5 Jan 2013 - 20:41


Je fais suite à mon message sur la pose des couples. En effet j'ai oublié de vous parler des 2 cas particuliers : les couples dévoyés de l'avant et le montage pour le support du tableau arrière. Conception que nous devons à Luc Moinet.

Les photos ci-après parlent d'elles-mêmes.




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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  J.LANCELLE le Dim 6 Jan 2013 - 9:49

Bravo
Sujet magnifique et super intéressant avec une présentation parfaite on attend la suite avec impatience.
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Bruno Orsel le Sam 26 Jan 2013 - 0:02

Nous allons aborder maintenant la fabrication des couples ployés.
Ils se répartissent de la façon suivante :
- 46 demi-couples allant de la quille au plat-bord et correspondant aux sections de 1 à 22.
- 6 couples complets qui vont de plat-bord à plat bord et qui correspondent à la voûte arrière, soit les sections de 23 à 29.

A l'échelle 1/1, les couples ployés sont constitués de bois de faible section, généralement du chêne, du frêne ou de l'acacia. Cette dernière essence est de loin la meilleure. Le bois est d'un seul tenant, ce qui fait tout l'intérêt de cette technique qui offre légèreté et grande résistance et aussi moins coûteux que des couples constitués d'un ensemble : varangue, genoux et allonges de sections plus importantes. Après être passé dans une étuve, le bois est ployé en suivant la forme d'un gabarit, puis cloué riveté sur le bordage.

En introduction lors de la présentation de ce projet, j'avais expliqué que ce petit voilier, étant de conception relativement simple et modeste, ce modèle prendra toute sa dimension en soignant particulièrement bien l'exécution travail, le choix des essences de bois, la qualité des finitions.
Pour l'intérieur j'ai choisi l'ébène : pour la face intérieure du bordage, mais aussi pour les couples ployés.

Pourquoi l'ébène ?
Pour assurer l'étanchéité et la préservation des bois, l'intérieur de ces petits bateaux était passé au goudron. Disposition que j'ai pu observer sur les modèles du musée et raison de mon choix pour le noir de l'ébène.
Je pourrais certes tout simplement teindre l'intérieur en noir, mais l'ébène poli est incomparable de beauté et rien ne le remplace. Je suis aussi conscient que je n'ai pas choisi la simplicité, mais pour moi, seul le résultat final compte. De plus j'ai décidé de présenter ce modèle en charpente apparente sur un côté, ce qui va compliquer la tâche vu la faiblesse de la section des couples.



Piler de l'ébène est une opération très difficile. Ce bois à fibres courtes est très dur et a peu d'élasticité ; il se plie très difficilement. Il est cassant.
L'échantillonnage des couples à l'échelle 1/1 est de : Largeur 30 mm par épaisseur 25 mm ; ce qui représente à l'échelle du 1/15e : largeur 2,00 mm par épaisseur 1,66 mm !!!

Romain P. (forum naval bois), manifestement un matheux présente dans son message du 13 janvier une démonstration intéressante pour définir par les mathématiques ce que serait le rayon de courbure minimal pour une baguette en ébène de section déterminée en prenant en compte différents paramètres tels que la contrainte de flexion, l'élasticité du matériau, section de la pièce de bois, et que sais-je encore......, ne m'en demandez pas plus.

Le résultat selon sa formule mathématique donne pour une baguette de 2 x 2 mm, dans des conditions d'hygrométrie normale, un rayon de courbure minimal de 120 mm. Si le bois est trempé, ce rayon pourrait être réduit de moitié.

Ma contrainte au maître-couple est un rayon minimal à l'échelle du 1/15e de 23,3 mm. Je suis donc très loin des possibilités de courbure qu'autorise l'ébène.

Pour atteindre ce rayon de courbure, la solution sera donc de diminuer l'épaisseur de l'ébène afin réduire la résistance. Quelques essais pour vérifier et je constate qu'entre 0,6 et 0,7 mm d'épaisseur + un passage à l'étuve, j'atteins sans difficulté ce rayon de 23,3 mm sans rupture du bois.

J'en arrive à la conclusion que la seule solution pour réaliser ces couples ployés en ébène sera la technique du lamellé-collé.
3 épaisseurs d'ébène de 0,6 mm mise en forme sur les couples-gabarit et collées les uns au-dessus des autres. Après séchage les 3 éléments ployés et collés entre eux gardent leur forme sans la moindre déformation et sont d'une résistance étonnante. Une fois les faces du couple dressées et amenées à la cote finale par ponçage on ne voit plus les 3 épaisseurs de bois. C'est magique.

J'adopte donc les dimensions suivantes pour les lamelles de bois : Longueur du couple développé x largeur 4 mm (1 mm de marge de chaque coté) x épaisseur 0,6 mm.

Dans ce cas les lamelles sont droites. Mais nous verrons par la suite que cette solution n'est pas valable pour les couples à fort équerrage et je vais donc devoir modifier ou plus tôt améliorer cette technique.
Ici une photo de mes premiers essais :



Si pour ces premiers essais, les résultats offraient toute satisfaction, c'était sans compter l'angle de l'équerrage du couple. En effet, plier une baguette droite sur le couple gabarit du maître-couple ne pose aucune difficulté, car ce couple n'a pas ou très peu d'équerrage. La seule contrainte est la courbure du couple. En revanche plus on s'approche des extrémités AV et AR, l'équerrage du couple s'accentue fortement et là, la lamelle d'ébène est soumise à 2 contraintes : la courbure du couple à laquelle vient s'additionner la torsion de l'angle de l'équerrage. Et là, rien ne va plus, car si l'ébène plie sans difficulté lorsque l'on respecte l'épaisseur il ne se tord pas pour prendre l'autre angle qui forme l'équerrage, même après être passé à l'étuve.

La solution est donc de passer par le "déroulé" de la surface du couple. Je m'explique : la face intérieure du couple répond à 2 courbes :

- Celle qui correspond au profil du couple lui-même.
- Celle engendrée par la torsion de la surface en fonction de l'angle de l'équerrage.

Si l'on extrait cette surface et qu'on la met à plat, cette surface déroulée a une forme de "banane" dont l'angle de la courbure varie en fonction de l'équerrage du couple. Si l'on reporte sur un papier cette surface, qu'on la détoure aux ciseaux et qu'on la repositionne sur la face intérieure du couple elle reprend exactement sa place sans le moindre pli.

Sur l'image ci-dessous on voit la surface du couple vue de face, projection verticale qui se présente parfaitement droite. Cette surface en jaune sera déroulée.



Ici on voit bien en perspective la surface du couple à dérouler et la projection de cette surface sur un plan horizontal.



Cette image est intéressante : en jaune, la surface intérieure du couple en projection horizontale donc vue du dessus, telle qu'on la voit sur un plan. En rouge la surface déroulée de cette même surface.
Bien qu'en apparence différentes, ces 2 surfaces sont pourtant parfaitement identiques. L'une est en projection, l'autre est en déroulée.



C'est donc en utilisant cette technique du déroulé de surface que je vais construire mes couples en lamellé-collé.
En partant de mes fichiers informatiques, il est extrêmement facile d'extraire toutes les surfaces déroulées pour chacun des couples.

L'image ci-dessous représente l'ensemble des surfaces déroulées, qui pour des raisons de découpe du bois par la suite, je les ai placées côte à côte. Les 23 premières correspondent aux 23 demis couples, et les 6 dernières aux couples entiers de la voûte arrière.
Il est intéressant de noter que la surface correspondant au maître-couple est quasiment droite, mais plus on s'écarte du centre et que l'angle de l'équerrage se prononce, plus la surface prend de la courbe. Egalement en fonction de l'angle de l'équerrage, positif ou négatif, la courbe part à gauche pour les couples avant et à droite pour ceux de l'arrière.



Ici la découpe des lamelles qui vont constituer le couple en lamellé-collé. 3 épaisseurs de placage d'ébène de 0,6 mm d'épaisseur. Total 1,8 mm qui seront ramenés ensuite à 1,66 mm.
Le trait noir correspond à la largeur exacte de la surface développée du couple. Le rouge est le "gras" que je me donne, soit 4 mm de large pour des couples finis à largeur 2 mm, épaisseur 1,66 mm.



Ici les 3 lamelles pour 2 couples découpés. Il faut bien comprendre que ces surfaces en courbe, une fois bien appliquées sur la surface équerrée du couple gabarit en aluminium, vue ne plan, deviendra une surface bien droite.

C'est là tout l'intérêt, lorsque la solution s'y prête de travailler avec le "déroulé de surface. Ceci ne vaut pas uniquement pour les couples, mais aussi pour bien d'autres cas.



Si la méthode que je vous décris ici est la bonne solution pour construire un couple ployé à la courbe et aux angles variables, elle présente une autre difficulté avec les lamelles en courbes et que je n'avais pas soupçonnée.
En effet dès que l'on amorce la courbe de la surface, le droit fil de la lamelle en ébène devient très court et perd ainsi de l'élasticité et sa résistance. A cet endroit précis, l'ébène devient extrêmement fragile et d'autant plus qu'il est passé à l'étuve et que le bois est détrempé. Il devient impossible de plier l'ébène sans qu'il ne casse.

Il faudra travailler sans passer le bois à l'étuve car il se fragilise, mais là l'ébène à des difficultés pour plier sans se casser.



Pour améliorer la méthode, nous savons que pour une épaisseur donnée à une lamelle d'ébène, 0,6 mm en l'occurrence, correspond une force dite d'élasticité et une contrainte de flexion qui donne un rayon de courbure minimum. Cette force Re est la résultante de ces 2 forces.
Pour atteindre le rayon courbure souhaité : 23,3 mm, il faudra exercer une force sur la lamelle d'ébène dite pression de courbure Pc.

Si pour résultat, la force Re est supérieur à la force Pc, la lamelle d'ébène casse.
Ceci est illustré par les dessins 1 et 2 ci-dessous.
(je dois ces dessins à JP Ducret)



Suite aux premiers essais que j'ai faits, 0,6 mm serait la bonne épaisseur pour courber l'ébène, mais à condition que le bois soit passé à l"étuve. Mais compte tenu de la courbure que prend la surface développée et donc de la rupture du fil du bois, (ce que nous avons vu plus haut), l'opération devient impossible.

Voici ce que j'ai imaginé : On sait que si Re est supérieur à Pc, il y a rupture. Donc essayons de contrer la force de Re en l'opposant a une autre force que j'appellerais Rc.

Voici comment je m'y prends :
1- Je positionne sur le chant de chacun des couples gabarits en aluminium les 3 épaisseurs de lamelles d'ébène préalablement encollées.
2 - Au dessus de cet ensemble, je place une baguette de bois (de l'acajou) pas trop dur et fortement détrempé pour la ramollir.
3 - En commençant près de quille je place des ligatures en fil de fer en les passant dans les trous prévus à cet effet, et je serre l'ensemble. Tout en exerçant une pression sur la baguette d'acajou, je positionne progressivement en amorçant la courbure d'autres ligatures et ainsi de suite jusque'à la fin.

Voici ce qui se passe : la force dégagée par chacune des lamelles d'ébène et qui tend vers la rupture est absorbée par la lamelle placée au-dessus et ainsi de suite. La baguette d'acajou, placée au-dessus de l'ensemble qui elle est souple reçoit et absorbe toutes les forces dégagées par les 3 lamelles d'ébène. Elle ne casse pas, car elle est souple et son rayon de courbure le permet.
C'est donc grâce à la contrainte des ligatures successives, conjuguée à la force de la pression exercée sur la baguette d'acajou, Rc, que se crée une force d'opposition progressive à Re et évite ainsi la rupture de l'ébène.

Une fois que toutes les ligatures ont été mises en place, il n'y a plus qu'à attendre que l'ensemble sèche. Le résultat est parfait. Le couple ainsi ployé et bien en contact avec la surface du couple gabarit et garde parfaitement la courbure du couple, mais aussi et surtout l'angle de l'équerrage.



Pour illustrer tout ce long laïus, voici quelques explications par l'image :

Placé ici sur le chant du couple gabarit, les 3 lamelles d'ébène avec au-dessus la baguette d'acajou fortement ramolli par trempagne.



Première ligature de l'ensemble. Il est intéressant de noter la différence de courbure entre les lamelles d'ébène qui correspondent à la surface développée du couple et la baguette d'acajou qui elle est droite.



Progression de la pose des ligatures







Le travail est fini. Les lamelles, en courbe à l'origine, se sont parfaitement bien placées pour devenir, vue en plan, une surface parfaitement droite.




Voici le travail de la fabrication des 52 couples ployés finis avec la méthode du lamellé-collé.
Maintenant chacun des couples doit être calibré pour les mettre à la bonne cote tant en largeur qu'en épaisseur.






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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  gérard 2 le Sam 26 Jan 2013 - 7:32

Bonjour,
merci Bruno,
plutôt que de nous balancer de simples photos avec la simple notation "c'est moi qui la fait" , tu sais nous montrer et nous expliquer le pourquoi et le comment, avec un très beau résultat. Je reconnais là la précision de la préparation, presque plus importante que la fabrication proprement dite. Je retrouve là la grande précision d'une même école que celle d'Hubert Mallet. J'espère que tu auras l'occasion de regrouper tout ça sur une belle brochure. Tu peux déjà me compter comme un futur acquéreur.
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Bruno Orsel le Sam 26 Jan 2013 - 9:09


Merci Gérard.
C'est effectivement ma façon de voir "la chose", mais aussi tout l'intérêt de ce forum : montrer, expliquer, partager.
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Wpatrick le Sam 26 Jan 2013 - 9:23

Bonjour

Bruno ,vu l'énorme travail d'approche et de réalisation de la contreforme ,ça ne pourra qu'être une réussite.

Cintrer de l'ébène dans ces sections aussi petites ,c'est vouloir cintrer une mine d'un crayon HB sans la casser.

Lorsque le Bébé sortira de son berceau ce sera un moment passionnant et il sera bon de nous faire partager cet instant.

A+ pour d'autres aventures ...

Patrick



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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  didier08 le Sam 26 Jan 2013 - 9:27

Bonjour Bruno,
Vous êtes un pédagogue de première!
Merci,
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  clic le Sam 26 Jan 2013 - 9:59

On est dans le domaine de la haute technologie...bravissimo!
J'adhère tout à fait à l'idée d'une brochure explicative: je serais preneur.

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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Albatros le Sam 26 Jan 2013 - 17:04

Bonjour
Merci Bruno pour ta présentation et aussi pour le travail réalisé : en un mot comme en cent, c' est tout simplement Magnifique.
C' est la démonstration du Modélisme comme tu l' aimes et comme depuis déjà quelques mois sinon plus d' une année tu m' en
fais partager la vision à travers ce projet. Je crois même que je vais te rattraper sur ce coup-là Wink (j' admets j' admets, c' est facile
de faire plus vite quand c' est toi qui essuie les plâtres Embarassed ) !!!!
J' attends comme beaucoup d' autres membres du forum (certains le disent, d' autres pas mais beaucoup le pensent très fort) la suite
de la construction.
Même si je sais très très bien que c' est l' anticipation des méthodes de construction et non pas la construction elle-même qui
demande le plus de temps, ne nous fais pas trop languir pour la suite.....
Encore une fois applause
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  WDocquois le Sam 26 Jan 2013 - 17:12

Je rejoins l'avis de Luc , ce chantier donne de nouvelles dimensions aux techniques de modélisme et du travail du bois en particulier.
Ce lamellé collé de l'ébène ( invisible ) , voilà une voie particulièrement novatrice dans les solutions de ploiement de cette essence, réduite habituellement à une mise à la forme par usinage .
Une autre façon de faire, qui n'est pas ici pour faire de l'ombre je pense , aux diverses méthodes de constructions connues dans toute leur diversité ( avec tout le panel de possibilités possible depuis le couteau de marin jusqu'aux machines high-tech ).

Bravo à vous, Bruno et Luc
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Pierre Rouanne le Sam 26 Jan 2013 - 18:23

Lorsque l'on regarde ces méthodes, que je trouve adaptées au XXIème siècle, la portée aux nues de l'usage de machines de plus en plus sophistiquées, les pauvres adeptes comme moi (s'il y en a deux) de la scie bocfil, nous nous demandons si nous sommes encore à notre place sur le forum, à moins de demander à G.D de créer un paragraphe spécial attardés.
A moins que nous n'ayons pas compris que Louis XIV lui aurait applaudi des deux mains.

Pierre
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  gérard 2 le Sam 26 Jan 2013 - 18:31

Bonjour,
Pierre, tu es un grand malheureux, mais il faut vivre avec son temps et les moyens qu'il procure.
Gérard
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Moussaillon le Sam 26 Jan 2013 - 19:35

Albatros a écrit:... c' est l' anticipation des méthodes de construction et non pas la construction elle-même qui
demande le plus de temps
La construction du modèle sera certainement des plus intéressantes, mais je pense que la méthode est plus importante car elle ouvre la voie à de nouvelles réalisations inédites. En plus du modélisme traditionnel il y a une place pour le modélisme de pointe et l'innovation.
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Michel Saunier le Sam 26 Jan 2013 - 21:54

Il y a beaucoup en fait a tirer de cette construction pour nos aventures modelistiques à venir.
Ce ne sont pas des moyens nouveaux, mais plus encore de nouvelles voies d'utilisation de ceux existants. Le lamelle colle d'ébène ouvre la voie à une utilisation de ce bois quasi impossible autrement. Bravo.
Savoir sortir des sentiers battus, voilà l'innovation.
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Bruno Orsel le Sam 26 Jan 2013 - 23:23

Michel Saunier a écrit:Il y a beaucoup en fait a tirer de cette construction pour nos aventures modelistiques à venir.
Ce ne sont pas des moyens nouveaux, mais plus encore de nouvelles voies d'utilisation de ceux existants. Le lamelle colle d'ébène ouvre la voie à une utilisation de ce bois quasi impossible autrement. Bravo.
Savoir sortir des sentiers battus, voilà l'innovation.

Effectivement, cette technique ne s'applique pas uniquement à la fabrication des couples ployés. Comme le rappelle Michel, courber de l'ébène est extrêmement difficile, voir irréalisable.

J'avais déjà utilisé cette méthode lorsque j'ai construit la Topaze dont la coque bordée en ébène avait des virures de 2 mm d'épaisseur impossible à courber sur l'arrière du bâtiment très arrondi.

Pour résoudre la difficulté, j'avais fendu d'un trait de scie de 0,6 mm sur une dizaine de centimètres l'épaisseur de la virure. Dans le vide laissé par le passage de la lame, j'ai inséré une lamelle d'ébène de 0,6 et bien enduite de colle. J'avais là les conditions du lamellé-collé et j'ai pu ainsi courber la virure en ébène.

Cette technique du lamellé collé n'est pas récente. Elle était déjà utilisé au milieu du 19e siècle dans la fabrication des canots Berthon. (plus exactement du lamellé-riveté)


Vue sur l'arrière de le Topaze


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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  Bruno Orsel le Jeu 11 Avr 2013 - 23:22

Tous les couples étant fabriqués, nous allons maintenant aborder la fabrication de l'ensemble quille, étrave étambot.

La quille d'un dériveur a la particularité d'être fendue dans son axe pour laisser le passage de la dérive ce qui va nécessiter de l'élargir au droit du puits afin de ne pas affaiblir "la poutre centrale". Ainsi la largeur passe d'une valeur de 1 environ à l'étrave, pour arriver à 2 au niveau du puits de dérive, puis revenir à 1 à l'étambot. Ce détail est illustré par le dessin ci-dessous extrait de la revue Le Yacht.



La quille est du type à chapeau rapporté constitué de la quille proprement dite qui va de l'étrave à l'étambot, d'un aileron qui forme la partie triangulaire sous la râblure arrière et d'un chapeau rapporté sorte de carlingue qui vient serrer les couples ployés sur la quille. Cet ensemble se prolonge par la voûte dont l'ossature maîtresse est constituée de 2 allonges de voûte.
A noter que la râbler de quille sera réalisée ultérieurement.










Comme nous l'avons vu en amont, tous les couples en ébène ployés ont été fabriqués. Ils sont pour le moment brut et un peu "gras" ce qui nécessite de les calibrer afin d'atteindre les cotes définitives qui sont je le rappelle : largeur 2,00mm, épaisseur 1,66 mm à l'échelle du modèle.
L'opération n'est pas compliquée. Une fraise scie montée sur une fraiseuse et réglée à la bonne hauteur permet un travail très précis. L'épaisseur du couple sera affinée au papier abrasif.






Voici ce que donne une fois finie les couples en ébène en lamellés collés. Élégance, finesse et extrêmement robustes. Ici 23 couples sur les 52 nécessaires.






Ici la confection des entailles dans la quille et le chapeau de quille. Les couples seront ensuite encastrés dans ces entailles et cloués. Ce travail délicat nécessite un travail à la loupe.

Des petites varangues, servant également de barrots de plancher, seront placées ultérieurement afin d'assurer une bonne liaison droite gauche de la coque.







Le travail sur les couples est enfin fini. C'est certainement la phase la plus longue et la plus délicate de ce modèle.
Tous les couples sont collés dans les entailles de la quille et maintenus bien alignés sur les couples gabarit en aluminium au moyen de petites ligatures provisoires.








Observez le détail de la voûte arrière avec les allonges de voûte et aussi la particularité des 6 derniers couples qui sont d'un seul tenant droite gauche.




Ici le détail sur la structure en aluminium qui permettra la mise en place du tableau arrière (conception Luc Moinet / Albatros). Le dernier couple en aluminium est un couple fictif qui s'aligne avec l'équerrage du couple précédant. Il servira d'appui à la jonction bordage / tableau, ce dernier faisant office de dernier couple.




Après avoir installé le tableau arrière, l'étape suivante sera la pose du bordage. Côté droit,la coque sera entièrement bordée, et côté gauche la charpente sera apparente.

Bruno














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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  daniel11 le Jeu 11 Avr 2013 - 23:54

Bonsoir
Ce travail est vraiment impressionnant
Si je comprends bien tous les couples en alu seront retirés pour garder les couples en ébène une fois le bordage réalisé,
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Re: LOUISE - Tentative de reconstitution d'un clipper d'Argenteuil.

Message  clic le Ven 12 Avr 2013 - 9:10

C'est vraiment du grand art. Une technique qui révolutionne le modélisme. Bravo.

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